Situé entre Caussade et Cayriech (où se situe le camping « Le Clos de la Lère »), le village de Septfonds.
Ce village, qui pourrait sembler anodin à première vue, est en réalité le berceau d’une tradition artisanale unique : la confection du chapeau de paille. Et oui car le chapeau de paille, n’est pas né à Caussade mais à Septfonds. Mais ce n’est pas son seul « secret » car l’histoire de Septfonds est riche et gagne à être racontée.
Partons donc pour la « Mounière« , la maison des mémoires de Septfonds.
Informations générales
Ouverte depuis 2017, la maison accueil les visiteurs pour ne pas oublier, pour transmettre ce passé pas si lointain et qui pourtant, si l’on ne fait rien s’efface peu à peu.
Elle présente 3 « souvenirs ».
Septfonds et le chapeau de paille
Au XIXème siècle, le village est en pleine effervescence industrielle, et de nombreux ateliers de confection de chapeaux voient le jour. La production artisanale se transforme rapidement en une véritable industrie, faisant de Septfonds un centre de renommée internationale pour ses chapeaux de paille, exportés jusqu’aux États-Unis et dans le monde entier.
Les artisans du village maîtrisent l’art de tisser la paille de seigle, cultivée localement, pour en faire des chapeaux élégants et résistants, prisés pour leur légèreté et leur protection contre le soleil. Cette industrie fait la fierté des habitants de Septfonds et assure à la région une prospérité économique significative. Des ateliers voient également le jour à Caussade pour répondre à la demande grandissante.
La « Mounière » propose des ateliers pour notamment apprendre à tisser la paille. C’est Margot Nicolle, la responsable de la « Mounière » qui m’a présenté les mémoires de Septfonds.
Aujourd’hui, il ne reste que des traces de cette époque florissante. Les ateliers, autrefois en pleine activité, ont fermé leurs portes, et le bruit des métiers à tisser s’est tu. Cependant, des indices de ce riche passé subsistent encore dans le paysage du village. Les grandes cheminées de briques rouges, vestiges des anciennes usines, se dressent encore fièrement, rappelant à tous le rôle central qu’a joué Septfonds dans l’industrie du chapeau de paille.
Ces cheminées sont les témoins silencieux d’une époque où le savoir-faire artisanal était au cœur de la vie du village, et où chaque famille, ou presque, était impliquée dans la confection de ces chapeaux.
Septfonds et les débuts de l'aviation
Dieudonné Costes, né à Septfonds en 1892, est un nom qui mérite d’être redécouvert. Cet aviateur talentueux, né dans ce petit village du Tarn-et-Garonne, a marqué l’histoire de l’aviation française par ses exploits, bien qu’il soit aujourd’hui quelque peu tombé dans l’oubli.
Costes a grandi dans le milieu rural de Septfonds, un cadre bien éloigné des cieux qu’il allait un jour conquérir. Ses parents, comme tant d’autres, fabriquaient des chapeaux. Fasciné dès son jeune âge par les machines volantes, il s’engagea dans l’aviation militaire pendant la Première Guerre mondiale. C’est là qu’il développa ses compétences de pilote, se distinguant par son courage et son habileté.
Mais c’est en 1930 que Dieudonné Costes connut son heure de gloire. Accompagné de son copilote Maurice Bellonte, il réalisa un exploit qui le propulsa au rang de héros national : la première traversée sans escale de l’Atlantique Nord d’est en ouest, reliant l’aérodrome du Bourget, en France, à New York, aux États-Unis. Cette prouesse, accomplie en 37 heures et 18 minutes à bord de leur avion, le Breguet 19 Super Bidon baptisé « Point d’Interrogation », fut saluée par le monde entier.
Cette traversée est une véritable prouesse technique et humaine. Les deux aviateurs doivent affronter des conditions météorologiques difficiles, des pannes d’instruments et l’incertitude constante, mais ils ne renoncent pas. À leur arrivée à New York, Costes et Bellonte sont accueillis en héros, acclamés par des foules en liesse.
En France, ils deviennent des symboles de la ténacité et du courage, incarnant l’esprit pionnier de l’aviation.
Malgré cet exploit retentissant, le nom de Dieudonné Costes s’efface peu à peu de la mémoire collective. Cependant, pour ceux qui connaissent son histoire, il reste une figure emblématique de l’aviation française, un homme dont le parcours a été marqué par la passion du vol et le désir de repousser les limites du possible. Son héritage, bien qu’oublié par beaucoup, continue de vivre à travers les récits des passionnés d’aviation et la Mounière.
Le camp des Judes
En revenant de Caussade pour aller au camping du Clos de la Lère où je logeais, j’ai vu ce panneau intrigant « Camp des Judes » et me suis demandée ce qui se cachait derrière… En allemand Jude signifie juif et j’ai pensé à un camp de transit vers les camps de concentration mais la réalité n’est pas tout à fait ce qu’elle semble être…
Pour mieux comprendre ce qui s’est passé entre 1939 et 1945, direction la Mounière pour obtenu davantage d’informations sur ce souvenir qui ne faisait plus partie de la mémoire collective.
C’est en 1939 que naquit le camp de Septfonds. Il fut décidé le 26 février 1939 d’installer un camp d’internement sur un terrain à pâture de 50 hectares sur les lieux-dits de la Lande et des Judes. Il fut ouvert seulement quelques jours après le 5 mars sans aucune structure pour accueillir les personnes désignées. Et ce sont ces personnes qui les ont elles-mêmes construites…
Ce ne furent pas moins de 45 baraques de 48m de long et 7 de large pouvant accueillir chacune 300 hommes qui furent construites.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas des juifs qui y ont été internés en 1939. Non, il s’agissait de réfugiés espagnols ayant fui la dictature franquiste. Des réfugiés séparés de leur famille et placés dans ce camp et ces baraquements sans aucun confort où les maladies étaient monnaie courante.
Tout le monde ne fut pas indifférent à leur sort, certains Septfontois essayèrent en effet de les aider comme ils pouvaient..
L’histoire de ce camp aurait pu s’arrêter au printemps 1940 lorsque les autorités françaises le firent évacuer. Les Espagnols encore présents le quittèrent pour soit retourner au pays, soit partir pour l’Amérique latine, soit et ce fut le plus fréquent, travailler dans l’agriculture et l’industrie françaises ou encore intégrer la légion étrangère.
Suite à leur départ, il devint alors un camp d’entraînement militaire pour les étrangers s’engageant
dans l’armée française. C’est ainsi que près de 800 aviateurs de l’armée polonaise en exil souhaitant combattre le régime nazi s’y sont établis le temps de leur entrainement puis ensuite des volontaires étrangers de toute nationalité.
Puis on reparla de ces étrangers considérés comme trop nombreux pour l’économie nationale et inutiles… : des Espagnols et des personnes considérées comme juives raflés le 26 août 1942 dans le Tarn-et-Garonne et le Lot. 295 juifs qui furent d’abord internés à Septfonds puis dans le camp de Drancy avant d’être déportés à Auschwitz…
Il fut libéré par les résistants. Les Français accusés de collaboration y furent à leur tour internés. Puis, en 1945, on le détruisit avec ses archives avec la volonté d’oublier ce qui s’y était passé… Mais le temps a fait son oeuvre et avec lui la volonté de parler de l’histoire de ce lieu et d’en faire un mémorial a ressurgi.
Pour plus de détails sur le camp des Judes à Septfonds, c’est ici.
La Mounière parle des ces hommes déplacés mais aussi de toutes ces familles séparées: hommes, femmes, enfants avec des destins pour certains tragiques.
Quand les hommes furent internés dans des camps comme celui de Septmonts, les autres membres de la famille furent placés dans des centres un peu partout en France.
L’exposition photo parle du destin de ces familles, des lieux où elles ont été placées, de leur vie d’après et de celle de leur descendance.
J’ai trouvé très émouvant de lire mais aussi d’entendre ces témoignages de cette période qui a changé la vie de temps de personnes !
Pour voir le mémorial du camp des Judes, il vous faudra reprendre votre voiture car la Mounière se trouve dans le coeur du village de Septfonds contrairement au camp qui lui est au milieu des champs.
Comme vous l’aurez certainement compris, la Mounière est un lieu que j’ai beaucoup apprécié. Et vous qu’avez-vous pensé de cette maison des mémoires ?











12 réponses
Merci pour cette article que je découvre comme d’habitude toujours aussi intéressant 👍
C’est très gentil 🙏
Merci de nous rappeler ces souvenirs assez tristes mais nécessaires des réfugiés espagnols…. Il ne faut pas oublier cette période et tu l’as bien résumée.
Les articles sur les chapeaux de paille, que tu affectionnes particulièrement, et sur l’aviation sont intéressants.
Merci Florence 🙏😘
Je n’avais jamais entendu parler de réfugiés espagnols internés et donc c’était important de le faire. La Mounière est un lieu à découvrir pour ne pas oublier le passé.
Et oui mes fameux chapeaux de paille 😉
bonjour Florence
À nouveau un très beau reportage d’un passé lointain aux couleurs « sépia ». Des passages tristes (je ne connaissais pas cet épisode des réfugiés Espagnols) de cette époque…
Bonjour Daniel, je ne connaissais pas du tout non plus cet internement des réfugiés espagnols … Le temps fait son oeuvre et fait oublier de bien tristes moments.
Génial, tout ce que tu nous fais découvrir !
Merci beaucoup pour ce gentil message !
Je vais de nouveau m’intéresser aux chapeaux 😁
J’ai adoré
Les photos du passé
La rédaction
…
J’adore les chapeaux !!! et c’était obligé pour moi d’écrire un article là-dessus
Un lieu visiblement très intéressant ! Je ne savais pas du tout pour les réfugiés espagnols, quelle triste histoire !
Quant à cet aviateur, je ne le connaissais pas alors que visiblement il fait partie de l’histoire de l’aviation. C’est super que ce lieu en parle pour ne pas l’oublier
Oui la Mounière a été une belle découverte ! Je suis r