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Retour dans le passé: l’Usine idéale de Pont-Salomon

Auvergne

Retour dans le passé: l’Usine idéale de Pont-Salomon

· 11 min de lecture · 1 commentaire

Suite du séjour dans les Gorges de la Loire en Haute-Loire. Après avoir visité un atelier de fabrication de matelas en laine de mouton, poursuivons aujourd’hui avec l’Usine idéale qui transmet le souvenir de la fabrication de faulx à Pont-Salomon.

Pour visiter l'Usine idéale

Direction l‘Usine idéale située entre Firminy et Monistrol-sur-Loire à 50 minutes du Puy-en-Velay et 30 minutes de Saint-Etienne. Une commune d’un peu moins de 2000 habitants qui s’est développée autour de la rivière Semène.

Carte de usine idéale. L’afficher établit une connexion avec Google Maps, qui dépose ses propres traceurs.

Jours et horaires d’ouverture

  • Périodes
    Du 13/05 au 30/06du 01/07 au 31/08du 01/09 au 15/11Horaires et ouvertures mercredi, jeudi, samedi et dimanche de 14h à 18hdu mardi au dimanche de 14h à 18h mercredi et jeudi de 14h à 17h

  • Tarifs

Adulte6€Tarif réduit: de 6 ans à 18ans, résidents Communauté de communes Loire Semène, étudiants, demandeurs d’emploi, titulaires de la carte d’invalidité.
Gratuit pour les enfants de moins de 6 ans. 4€Groupe adultes (mini 10 personnes)4€Groupe enfants (mini 10 personnes, accompagnateur gratuit)3€

L’Usine Idéale : un voyage au cœur de la cité industrielle de Pont-Salomon

panneau usine idéale

L’Usine Idéale présente une époque révolue qui commença au milieu du XIXᵉ siècle. À cette époque, Pont-Salomon est bien plus qu’un village : c’est une véritable cité industrielle, entièrement façonnée par le travail du métal et la fabrication de la faux. C’était un savoir-faire qui venait auparavant essentiellement d’Autriche. On ne savait en effet pas les fabriquer en France alors que c’était un outil du quotidien à la campagne.

Les premières faulx furent seulement créées en 1816 à Toulouse.

L’entrepreneur Massenet commença à en faire produire dans ses ateliers à Saint-Etienne en 1837. Puis une partie de la production fut transférée à Pont-Salomon où les ateliers utilisèrent la force hydraulique de la rivière.

Avec l’essor de la fabrication de faulx, c’est tout le village qui s’agrandit. Ateliers et forges se multiplièrent dans le village. Et avec les ouvriers, ce furent des familles entières qui s’installèrent à Pont-Salomon. Pour une installation durable de cette main d’oeuvre, des logements pour les ouvriers furent construits mais aussi une école, des commerces, une église.

L'atelier du Foultier

La visite de l’Usine idéale commence dans un ancien atelier, situé dans le bâtiment du Foultier, où de 1848 à 1983 on s’occupait du platinage de l’outil qui permettait de donner au couteau sa largeur presque définitive et sa forme.

C’est au Foultier que l’on commençait la fabrication des faulx:

  • Pour commençait on travaillait une barre d’acier. Le métal était chauffé dans des fours à charbon. Une fois la bonne température atteinte, on le passait sous les martinets hydrauliques qui frappaient rapidement la matière pour lui donner peu à peu l’épaisseur attendue. C’était l’étirage.
  • Puis on passait à la seconde étape: le platinage. Il permettait de donner la forme à la lame.

.À ce stade, on a quelque chose qui ressemble déjà à une lame, mais pas encore à une faux utilisable.

On peut encore voir la roue, les martinets hydrauliques ainsi que l’aiguiserie. La rivière Sumène jouait un rôle essentiel puisque c’est elle qui fournissait l’énergie nécessaire au fonctionnement des machines.

Dans les forges, les martinets frappaient encore et encore le métal remplaçant la force humaine et permettant un gain de productivité. Mais n’imaginez pas pour autant que le travail des ouvriers était facile. Ils travaillaient en effet dans le bruit et la chaleur durant de longues heures.

De nos jours, les machines sont à l’arrêt mais témoignent de ce passé industriel.

Pour expliquer le fonctionnement de l’atelier, une tablette est confiée au visiteur. Elle l’accompagne tout au long de la visite et propose des photos mais aussi des explications en réalité virtuelle. La visite pour les familles propose de suivre un jeune garçon, Joannès, dont le père fabrique des faulx.

Suite de la visite: le village

Si vous pensez que la visite de l’Usine idéale s’arrête à la découverte de l’atelier du Foultier, vous serez surpris d’apprendre qu’elle se poursuit dans le village pour découvrir les différentes installations créées pour les ouvriers mais aussi leur famille.

Et c’est en compagnie de la tablette que nous continuons la visite!

En sortant de l’atelier, on découvre le bief, ce petit canal qui détourne une partie des eaux de la Semène (pour fournir la force hydraulique inspensable aux machines) et le bassin de retenue.

La visite se poursuit le long des jardins ouvriers qui permettaient de compléter les ressources alimentaires des familles ouvrières et amélioraient ainsi nettement leurs conditions de vie. On en comptait plus de 200 à Pont-Salomon. Certains sont de nos jours encore cultivés car tout proches des habitations. A noter que ces jardins font partie intégrante du « village-usine » du XIXème siècle et Prosper Mérimée les avaient déjà notés dans sa liste des lieux à protéger avec 4 bâtiments faisant partie des monuments historiques: l’ancien presbytère devenu la mairie, la fabrique de faulx Dorian de l’Alliance, la fabrique de faulx Dorian du Foultier et l’église Notre-Dame.

jardins

Les ouvriers vivaient ensemble près de leur lieu de travail. Cela n’est pas sans me rappeler le Familistère de Guise et son organisation paternaliste. Ils logeaient dans un grand bâtiment de 100m de long appelé « Caserne » construit dans les années 1860 par la société Dorian-Holtzer et 56 familles y étaient logées. Chacune d’elles bénéficiaient d’un appartement constitué de 2 pièces. Le logement était lié à l’emploi. En cas de licenciement, la famille devait rendre le logement et déménager.

Pierre-Frédéric Dorian était influencé par les idées de Charles Fourier et du fouriérisme. Il cherchait donc à rapprocher lieu de travail, logement, services, jardins et équipements collectifs.

Cette caserne abritait donc également une école dès 1861 (jusqu’à la construction du groupe scolaire en 1916), une chapelle jusqu’en 1872 puis une coopérative alimentaire dès 1917.

A noter que comme chez Godin à Guise, l’école est était gratuite pour les enfants des ouvriers et fonctionnait sous l’impulsion de l’entreprise pour laquelle l’instruction était primordiale !

Le « Chemin du Paradis« , c’est le nom qu’il porte, nous conduit vers d’autres lieux dans le village, sur les traces des ouvriers. Dire que tout le village vivait au rythme de la fabrication des faulx…

plan avec les bâtiments

Aujourd’hui, on y trouve le calme qui devait être absent à l’époque… Et la balade dans le village est très agréable !

L'Alliance

Une usine moderne

A l’apogée de l’ère de la faux, on fabriqua jusqu’à 400 000 faulx par an mais également des faucilles à Pont-Salomon. Figurez-vous que cela représentait la moitié de toute la production française! Sur les 400 ouvriers qui fabriquaient des faulx dans le village près de 300 travaillaient sur le site de l’Alliance.

Et plus la production a augmenté, plus il a fallu d’ateliers, de machines et de main d’oeuvre pour répondre à la demande et le site de l’Alliance a connu plusieurs extensions. Ce site est immense contrairement aux six autres qui étaient implantés dans la commune!!!

Tandis que le Foultier conserva son côté traditionnel, le site de l’Alliance était quant à lui plus mécanisé et fut au fur et à mesure modernisé.

Ateliers de fabrication, bureaux et logements, magasin, atelier de platinage, atelier de boutonnage, atelier d’encollage des rouleaux de polissage, écurie, atelier de forge, atelier de découpe des faulx. Tout était optimisé pour la fabrication en grand nombre de cet outil agricole.

vue aérienne

C’est sur ce site que les étapes de découpage, ajustage et des opérations mécaniques plus fines étaient réalisées. C’est aussi ici que l’on fixait le manche.

Les photos d’époque présentées sur la tablette montrent les ouvriers au travail. Cela permet de mieux comprendre l’organisation de l’atelier où tout était pensé pour que la productivité réponde à l’énorme demande.

L'Alliance de nos jours

De nos jours, il est possible d’accéder à l’Alliance dans le cadre de la visite de l’Usine idéale mais il est interdit de rentrer dans les anciens bâtiments et de franchir les chaînes.

On se rend malgré tout compte de la grandeur des lieux.

Vous aurez certainement la curiosité comme nous de jeter un coup d’oeil à travers les carreaux… On y aperçoit de grandes pièces vides et d’autres parfois remplies de bric-à-brac ou avec d’anciennes machines.

L’un des anciens ateliers est accessible au public. On y retrouve des fours, des martinets. La tablette est là pour donner des informations sur les lieux et sur la fabrication des faulx.

Quand on pense au travail qu’avaient ces différents ateliers et que maintenant tout est à l’abandon, on ne peut que penser à tous ces métiers qui ont disparu avec la modernité, la mécanisation (cela me rappelle mes visites au Village des métiers d’antan et au Village des métiers d’autrefois )..

courbe

Plus personne ou presque n’utilise de nos jours de faux. Heureusement qu’il existe encore des lieux comme l’Usine idéale pour nous rappeler ces savoir-faire, ces hommes, ces femmes presque oubliés. Et c’est la communauté de communes Loire Semène qui se charge de valoriser ce site incroyable.

ouvriers

C’est avec tous ces visages en tête et l’histoire de la vie du village de Pont-Salomon que nous quittons l’Usine idéale. Une très belle visite qui nous aura plu à tous les trois et que nous vous conseillons vraiment si vous venez en vacances en Haute-Loire ou si vous y vivez.

N’hésitez pas à poser des questions en commentaire sur cette visite si vous en avez, j’y répondrai avec plaisir! En attendant, je vous dis à bientôt pour d’autres aventures.

1 commentaire

Greg ·

L'idée de la tablette interactive est intéressante, je trouve aussi sympa d'avoir des initiatives pour nous rappeler notre passé. Je l'ajoute sur ma liste.

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