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L’abbaye de Belleperche et son musée des arts de table

Occitanie

L’abbaye de Belleperche et son musée des arts de table

· 16 min de lecture · 6 commentaires

Lors de ma visite de l‘abbaye cistercienne de Belleperche, véritable trésor du Tarn-et-Garonne, j’ai découvert un lieu chargé d’histoire et de surprises. Ancien monastère au bord de la Garonne, cette abbaye incontournable se distingue par ses fascinants graffitis, vestiges de son passé tumultueux, et par son exposition permanente consacrée aux arts de la table, offrant un voyage captivant à travers les traditions et les savoir-faire de l’art de recevoir. Une visite qui allie patrimoine, culture et curiosités insolites. Intéressé(e) ? Alors suivez-moi !

Informations pratiques

Localisation de l'abbaye de Belleperche

Carte de abbaye de belleperche. L’afficher établit une connexion avec Google Maps, qui dépose ses propres traceurs.

L’abbaye de Belleperche, propriété du département du déparement du Tarn-et-Garonne depuis 1983, est située à environ 50 kilomètres au nord-ouest de Toulouse et à une vingtaine de kilomètres au sud de Montauban. Elle se trouve non loin de sites que nous avons précédemment visités:

Autant dire qu’il y a de quoi faire dans les environs !

Horaires d'ouverture

  • De mai à septembre :
    du mardi au samedi : 10h-18h. Le dimanche 14h-18h
    Fermé le lundi et le dimanche matin

  • Mars, avril, octobre et novembre :
    du mardi au vendredi : 14h-17h
    Fermé le lundi et le week-end

  • De décembre à février :
    Fermé pour les visiteurs individuels
    Possibilité d’organiser une visite sur rendez-vous pour les groupes

  • Fermeture annuelle : 1er mai, 1er novembre et 11 novembre

Tarifs

Histoire de l'abbaye de Belleperche

Si l’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue était construite à l’écart, loin des villages et des activités humaines, celle de Belleperche fut quant à elle construite en pays de Lomagne.

C’est François d’Argombat, un chevalier, qui créa, vers 1130, au sud-ouest de Belleperche, un petit monastère qu’il affilia quelques années plus tard à l’ordre cistercien.

Mais pour des raisons de manque d’eau, la communauté fut déplacée sur un territoire plus propice de 400 hectares tout près de la Garonne. Cette terre faisait partie de la seigneurie de La Roque.

Localisation de l'abbaye de Belleperche

Par le biais de dons et d’achats, les terres agricoles prirent de l’ampleur ce qui permit la création de huit domaines agricoles offrant à la communauté des ressources variées. Les moines disposaient de zones de pâturage, d’élevage, de zones d’exploitation forestière, de grands vignobles…

carte des terres de l'abbaye de Belleperche

Pour les exploiter, des convers géraient la production et des bastides, regroupement de populations paysannes, furent créées pour pouvoir vendre le surplus produit.

Comme vous l’aurez compris avec cette carte, l’abbaye de Belleperche avait une grande importance dans le commerce régional! L’apogée de l’abbaye fut atteint au milieu du XIIIème siècle avec l’abbé Guilhem Jauffre, abbé pendant 30 ans.

bastides autour de l'abbaye de Belleperche
Plan de l'abbaye au Moyen Age

Pas moins de 80 moines, mais aussi des convers, des domestiques, des laïcs vivaient dans l’abbaye. Mais peu à peu, l’aura de l’abbaye déclina en raison de l’instabilité politique, de la maladie, des pillages, des guerres notamment celles de religion… L’abbaye subit pendant ces guerres d’importantes dégradations que des campagnes de reconstructions essayèrent de faire oublier.

Les derniers moines qui y vivaient à la fin du XVIème menaient une vie bien éloignée des règles cisterciennes ce qui occasionna bien évidemment une ordonnance très sévère visant à rétablir l’ordre dans cette abbaye. Plus question de s’habiller en civil, de côtoyer des femmes ou encore d’avoir des biens propres !

Ce qui m’a surprise, c’est pourtant le virage opéré au XVIIIème siècle puisque l’abbaye devint une sorte d’hôtel, sous la forme d’un petit château, dans lequel venaient se ressourcer de riches visiteurs. C’est ainsi que de grands travaux furent mis en oeuvre pour donner plus de confort aux lieux et en changer le visage. La façade changea d’apparence et fut adaptée au style architectural en cours (façade qui m’a rappelée le château de Parentignat près d’Issoire)

Avec la Révolution, l’abbaye devint bien national et fut vendue en 1791. Les terres, les bâtiments furent divisés en plusieurs propriétés. L’abbaye perdit son statut et se transforma en locaux agricoles, certains bâtiments comme l’église abbatiale furent malheureusement détruits pour toujours. Tous les bâtiments représentés en pointillés sur ce plan n’existent plus en effet de nos jours.

plan de l'abbaye de Belleperche

Vivre à l'abbaye de Belleperche

La communauté cistercienne qui vivait à l’abbaye de Belleperche appliquait avec beaucoup de rigueur la règle de Saint Benoît (suivie également à l’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue).

  • Le silence, avec interdiction de parler en dehors du chapître, faisait partie des règles que devaient suivre les moines. Interdiction également d’avoir des biens propres.
  • Partageant l’abbaye avec des convers, des laïcs convertis à la vie communautaire, ils avaient leurs propres espaces auxquels ces derniers ne pouvaient accéder: la clôture marquait la limite à ne pas franchir.
  • Leurs journées étaient rythmées par la prière: sept pour être exact appelées laudes, prime, tierce, sexte, nones, vêpres et compies plus une huitième la nuit, les matines.
  • A cela s’ajoutaient le travail (à l’abbaye ou dans les champs), la lecture des saintes écritures, le chapître dans la salle capitulaire pendant lequel les moines réglaient les problèmes du quotidien.

N’oublions pas que l’une des tâches des moines au Moyen-Age était aussi la copie de livres religieux réservés à une élite. En effet, les livres copiés à la main étaient des objets rares que seuls les plus riches pouvaient s’offrir.

Visiter l'abbaye de Belleperche

L'abbaye: lieu de vie des moines cisterciens

Alors qu’à Beaulieu-en-Rouergue, tout le cloître avait été détruit lors des Guerres de Religion, celle de Belleperche en a conservé une partie. Notez la différence avec celui de Moissac et ses 70 chapiteaux historiés, ses fines colonnes. Ici la sobriété est de mise !

Florandophoto marchant sous les arcades du cloître de l'abbaye de Belleperce

D’importants travaux ont été réalisés mais il reste encore à faire. En acquérant l’abbaye, le département l’a sauvée des détoriations qui auraient pu se poursuivre et mène des campagnes de restauration.

Partie restaurée et partie d'origine à l'abbaye de Belleperche

On trouve dans de nombreuses abbayes cisterciennes des pavements en terre cuite. Certains carrés étaient décorés par inscrustation d’argile blanche pour créer des motifs géométriques, végétaux, animaux et même parfois héraldiques. La combinaison de ces carreaux permettaient d’obtenir de grands pavements. Les enfants sont invités à tester cette technique de pavage.

Quand l'abbaye de Belleperche devint "hôtel"

La partie hôtellière est à découvrir. Nouveau réfectoire, salle à manger, salle de réception pour accueillir les convives.

Le tout fut décoré avec des gypseries (des décors en plâtre blanc), bien loin de l’austérité cistercienne !

Le réfectoire vous attend avec un jeu d’observation qui vous fera remarquer les nombreux détails et la finesse de réalisation de ces élements décoratifs de style rocaille.

A côté la salle à manger appelée aussi « salle des dames » car lorsqu’une femme faisait partie des hôtes, c’est ici qu’avait lieu le repas avec le prieur. Lors du repas étaient servis des mets raffinés dans une vaisselle finement décorée.

Au menu, poissons pêchés dans la Garonne mais aussi gibier, veau, agneau, volailles roties, viande confite, fromage, fruits et légumes de saisons.

On fit également installer un salon de compagnie où la soirée se poursuivait une fois le repas terminé. Des meubles qui se trouvaient dans ces pièces, on ne sait pas grand chose puisque tout a été vendu au moment de la Révolution. On admirera donc les décors muraux et bien sûr la superbe vue sur la Garonne !

Les moines cohabitaient donc avec ces convives fortunés ce qui était bien loin de la doctrine de Saint Benoit. L’accès aux chambres se faisait par l’ancien escalier d’honneur que l’on appelle aujourd’hui « escalier du prieur ».

grand escalier
plan de l'abbaye au XVIIIème siècle

Le problème de cette nouvelle utilisation de l’abbaye fut le passage des femmes par le cloître alors que leur présence y était interdite. De ce fait, un réaménagement de l’espace fut opéré par l’architecte Jean Dartain, qui sépara la vie régulière des moines et l’accueil hôtelier.

Les graffitis de l'abbaye de Belleperche

Lorsque l’on accède à l’étage où se trouvaient les chambres des résidents, on se s’attend pas à trouver une salle dont les murs sont presque entièrement recouverts de graffitis.

Alors ne pensez pas à des graffitis réalisés avec des bombes de peinture comme l’on trouve sur les murs des villes ou sous les ponts… Non là, il s’agit de graffitis écrits ou gravés dans les murs, des traces de personnes qui sont passées ici et ont voulu laisser une marque de leur passage. Ils sont si nombreux, que l’on n’arrive plus à déchiffrer certains mais des noms sont encore bien lisibles, dont de nombreuses personnes qui vivaient dans la région.

Au milieu de tous ces graffitis, des histoires ressortent, des phrases attirent l’oeil, en voici quelques-uns:

Inscription en espagnol
  • un message écrit en espagnol par Joseph Napoléon Séguy, un homme qui a participé à la bataille de Wissembourg contre la Prusse en 1870, où il explique avoir épousé à Belleperche, Emma Agnès Fraîche le 14 septembre 1876
  • le souvenir du passage de 250 prostituées pour lesquelles une partie de l’abbaye fut réquisitionnée par le préfet afin de les loger à l’écart de la population
  • une phrase écrite en latin, « Le nom des imbéciles se trouve toujours sur les murs »…

inscription en latin à l'abbaye de Belleperche
  • mais aussi l’histoire d’amour entre Clémence et Alceste, que l’on retrouve un peu partout dans la salle des graffitis, une histoire d’amour qui a duré 5 ans et qui s’est terminée avec le mariage de Clémence avec un autre homme qu’Alceste.

Les expositions à l'abbaye de Belleperche

L’abbaye de Belleperche a connu, comme expliqué plus tôt dans l’article, une activité hôtellière alors quoi de moins surprenant que de découvrir des expositions liées à l’art de la table.

La terre et le thé

Affiche de l'exposition à l'abbaye de Belleperche

Une collection de plusieurs centaines d’objets liés à la consommation de thé vous attend à l’étage de l’abbaye de Belleperche. L’exposition a été baptisée « La terre et le thé ». Elle propose des objets rassemblés par Patrice Valfré permettant de découvrir de magnifiques pièces en majorité fabriquées en Chine. Des théières dont certaines sont antérieures au XVIème siècle et beaucoup d’autres en grès de ce siècle et des suivants. On trouve même des théières modernes avec des lignes plus contemporaines mais fabriquées dans le respect de la tradition.

De nombreuses explications vous sont données tout au long de l’exposition sur l’origine des pièces, leur fabrication…Une exposition complète qui ravira les consommateurs mais aussi les non-consommateurs de thé. Admirez les photos ci-dessous, vous aurez un aperçu de la collection.

Musée des arts de la table à l'abbaye de Belleperche

la table est mise à l'abbaye de Belleperche

Depuis 2009, l’exposition permanente intitulée « La table est mise » accueille les visiteurs dans l’ancien grenier de l’abbaye. 480m² pour présenter l’évolution des arts de la table depuis le Moyen-Age jusqu’à la période contemporaine. De quoi comparer les styles, voir l’apparition de nouveaux accessoires. Je n’ai jamais vu autant de vaisselle que lors de cette visite !

Du Moyen Age aux Temps Modernes

De nombreux panneaux informatifs accompagnent le visiteur pour lui expliquer les changements apparus. Intéressant aussi de voir les us et coutumes à table en fonction des époques. Regardez par exemple cette liste expliquant les comportements à éviter à table…

Règles au Moyen Age

Tant que nous parlons du Moyen Age, vous savez certainement que la vaisselle était réduite à son minumum. Bol, écuelle, cuillère, coûteau suffisaient pour manger. Bien souvent en bois, les plus aisés pouvaient acquérir de la vaisselle en grès émaillé et des plats en métal. On sortait une vaisselle plus travaillée lors des repas festifs.

La fourchette prit doucement sa place à table.

Certains disent que ce serait Catherine de Médicis qui l’aurait introduite à la cour, d’autres que ce serait plutôt Henri III qui l’aurait découverte à Venise et qui aurait trouvé son usage très pratique du fait du port de la fraise. Mais on pense plutôt qu’elle a d’abord été utilisée en tant qu’accessoire de cuisine puis de service avant d’être introduite à la table des plus riches. Notez qu’il s’agissait au début d’une fourchette à seulement deux dents.

La fourchette individuelle telle que nous la connaissons, avec ses quatre dents et sa forme incurvée pour remplacer la cuillère, ne remonte qu’à quelques siècles. Son usage fut adopté chez l’élite au XVIIIème siècle.

Les arts de la table aux XVIIIème et XIXème siècle

Au XVIIIème siècle, les arts de la table se développèrent et on vit apparaître de nouveaux plats de présentation. La vaisselle s’adaptait au menu proposé aux convives. C’est l’heure de gloire du service à la française avec sa vaisselle aux décorations raffinées.

explications sur le service à la française à l'abbaye de Belleperche
Second dejeuner abbaye belleperche
évolution du service à table

Je connaissais le service à la française mais pas celui à la russe. Et vous? Le principe est simple: finie l’abondance de plats en plusieurs services sur la table, désormais il s’agit de servir les convives à l’assiette.

Le service à la russe se distingue aussi par l’utilisation d’ustensiles spécifique. C’est ainsi que chaque plat est accompagné de couverts adaptés et que sont nés des coûteaux spéciaux pour les viandes, les poissons, des cuillères avec des formes variées, des fourchettes à dessert…

La vaisselle s’est ensuite diversifiée et est devenue accessible à tous.

Tout cela pour dire que le musée des Arts de la Table de l’abbaye de Belleperche s’adresse à tous les publics et que vous apprendrez de nombreuses choses lors de la visite !

Vous avez apprécié ce nouvel article? Si c’est le cas, il s’incrit dans la lignée de ceux consacrés à l’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue, à celle de Moissac mais aussi du Puy-en-Velay, de la Chaise-Dieu et de Lavaudieu. Alors n’hésitez pas à jeter un oeil.

6 commentaires

Pascal Viezzi ·

Très beau commentaire qui retrace l’histoire d’une région

Florandophoto ·

Merci Pascal d’être venu découvrir l’abbaye de Belleperche et son histoire.

Menut Danièle ·

Une visite très belle avec de jolies photos et beaucoup de détails (mais il est difficile de faire moins 😊) le musée est intéressant avec des pièces de vaisselle que l’on retrouve effectivement dans certaines familles encore de nos jours 😅 Bravo pour ce résumé et tes recherches Florence 👏👏😘

Florandophoto ·

Et oui Danièle, j’aime détailler. Il y a tant de choses intéressantes à découvrir dans ces lieux ! Cette abbaye a une histoire insolite qui vaut la peine de la faire découvrir 😉

Michele Franc ·

Quel magnifique reportage avec de magnifiques photos notamment cette très belle vaisselle….beaucoup de détails sur belle visite tu as vraiment bien observé….. Merci Florence pour ce très beau partage 🤗

Florandophoto ·

J’ai pris le temps lors de cette nouvelle visite, il y avait tant de belles choses à observer ! Et encore l’article est loin de montrer tout ce que j’ai découvert à l’abbaye de Belleperche 😉

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