Insolite: le musée du touage à Riqueval

La région Hauts-de-France regorge de lieux insolites et le Musée du touage à Riqueval en fait partie. D’ailleurs avais-tu déjà entendu le mot touage? Moi absolument pas et c’est donc remplie de curiosité que je me suis rendue sur les lieux au bord du canal de Saint-Quentin. Ce n’est pas la première fois que je me rends au bord d’un canal. Rappelle-toi lorsque nous avons visité la Pente d’eau de Montech dans le Tarn-et-Garonne.

Ou encore l’ascenceur des Fontinettes à Arques dans le Pas-de-Calais. 

 

Mais ce que je vais découvrir à Riqueval va beaucoup me surprendre! 

Informations pratiques pour visiter le Musée du touage

Pour venir au Musée du touage

Pour visiter le Musée du touage, direction le hameau de Riqueval dans le bâtiment occupé par l’office de tourisme du Pays du Vermandois ,à un quart d’heure de Saint-Quentin. Ville où nous étions précédemment allés pour visiter le Village des métiers d’antan et le musée Motobécane mais aussi le musée Antoine Lécuyer et le musée des papillons. 

Riqueval à un peu moins de 40 minutes de Guise et son célèbre Familistère mais aussi son château-fort  ou encore à une heure de là, la belle ville de Laon.

Les horaires de visite

  • Du 1er janvier au 31 mars :
    Du mardi au vendredi :  10:00 – 13:00 / 14:00 – 17:00  Du 1er avril au 31 octobre :
    Du lundi au vendredi : 10:00 – 13:00 / 14:00 – 18:00 
    Samedi, dimanche et jours fériés : 14:00 – 18:00 (Fermé le 1er mai).
  • Du 1er novembre au 31 décembre :
    Du mardi au vendredi :  10:00 – 13:00 / 14:00 – 17:00 

Tarifs pour visiter le Musée du touage

Bon plan

N’hésite pas à opter pour un pass intersite valable 1 an qui te permettra de visiter le Musée du touage et la Maison du textile avec une réudction (individuel 9€/ famille 18€).

Des essais pour franchir le souterrain de Riqueval

La particularité de Riqueval: un souterrain pour les péniches

A première vue, le canal de Saint-Quentin ressemble à beaucoup d’autres voies navigables françaises avec ses écluses. Mais pourtant, près du village de Riqueval, se cache une curiosité technique unique : un souterrain que les péniches franchissent encore aujourd’hui..

Lorsque le canal de Saint-Quentin fut creusé au début du XIXᵉ siècle pour permettre aux péniches de transporter des marchandises en direction de Paris, ses concepteurs durent relever un défi de taille. Pour franchir le plateau qui sépare deux bassins fluviaux, celui de l’Escaut et de l’Oise, ils choisirent de creuser un tunnel de 5,67 kilomètres, une prouesse pour l’époque. D’ailleurs un projet plus ambitieux de près de 11km avait été abandonné! 

carte

Mais une fois le tunnel achevé, après une dernière phase de travaux lancée par Napoléon qui dura 9 ans avec des prisonniers de guerre et des déserteurs une question demeura : comment faire progresser des bateaux dans un passage aussi long, étroit et sombre sachant qu’à l’époque, pas de moteur sur les péniches?

Le halage des péniches

Les premiers convois avançaient grâce à la seule force humaine.  ! L’utilisation des chevaux, comme dans les mines, auraient pu en être une mais ils paniquaient dans le noir et avec l’étroitesse du chemin de halage, plusieurs tombèrent dans le canal. Des haleurs tiraient donc les péniches pendant des heures, dans des conditions particulièrement éprouvantes. Ce système fonctionnait, mais il était lent et demandait 7 à 8 hommes qui tiraient les péniches pendant près de 14 heures

 

pannau sur le halage

Le "Rougaillou": l'aide de la mécanique

Très vite, les ingénieurs cherchèrent une alternative plus rapide car chaque jour des dizaines de péniches se présentaient pour emprunter le souterrain. 

C’est ainsi que l’on inventa en 1856 « le Rougaillou« , le premier « toueur » mécanique. 

  • six à huit chevaux tournaient en rond sur une plateforme circulaire installée sur le pont du bateau;
  • ce mouvement entraîne un treuil ;
  • le treuil s’enroulait sur une chaîne noyée au fond du canal, fixée aux deux extrémités du tunnel ;
  • le bateau se tirait ainsi lui-même, en entraînant derrière lui un convoi de péniches.
bateau avec des chevaux

Le Rougaillou était ingénieux et fonctionnait bien mais les chevaux supportaient mal de tourner continuellement en rond et d’évoluer  constamment dans l’obscurité et l’humidité du tunnel. Le système fut donc lui aussi abandonné au profit d’un toueur à vapeur en 1864 bien plus rapide mais dangereux en raison des fumées qui ne pouvaient être évacuées par les 9 puits d’aération sur les 5670m. D’ailleurs voici le fameux souterrain… Je ne sais pas si tu le vois, mais sur les deux photos, on remarque la présence d’un petit point blanc, ce n’est autre que la sortie du souterrain! 

Est-ce que ces photos te donnent envie d’y entrer? (A savoir qu’il n’est pas autorisé d’y accéder). 

Le toueur électrique: une révolution!

Tout fut plus simple lorsque l’on électifia le toueur: un remorqueur rapide et sans danger pour les mariniers se trouvant dans les péniches. En 2 heures, les 5670m sont parcourus ! Autant dire que cette traversée n’a plus rien à voir avec le périple des premières ! Bien sûr, il a fallu installer une grosse machinerie à l’intérieur du toueur avec des batteries de secours au cas où. 

La traversée est beaucoup moins pénible mais l’attention des mariniers doit être à chaque instant car ce n’est pas rien de remorquer des dizaines de péniches chargées de marchandises! 

Ce qui rend le touage fascinant, c’est que son principe est finalement assez simple. Au fond du canal repose une lourde chaîne métallique installée sur toute la longueur du tunnel. Le bateau ne fait pas avancer les péniches grâce à une hélice : il s’accroche à cette chaîne et se hisse progressivement le long de celle-ci, un peu comme une personne qui grimperait en tirant sur une corde.

Les péniches, reliées derrière le toueur, sont ainsi entraînées dans son sillage jusqu’à la sortie du souterrain.

Ce système peut sembler ancien, mais il reste remarquablement efficace. Il évite les fumées dans le tunnel, limite les risques de collision et permet un passage parfaitement maîtrisé.

L'Ampère 1: un musée gardien de la mémoire

C’est l’Ampère 1 qui accueille le visiteur lorsqu’il arrive sur le site de Riqueval devant l’office de tourisme du Pays du Vermandois

 L’Ampère 1 a longtemps été un véritable outil de travail. Mis en service en 1910, ce toueur avait la mission de remorquer les péniches à travers le souterrain de Riqueval. Plus propre, plus silencieux et plus fiable, l’Ampère 1 appartient à cette génération de machines qui ont modernisé la navigation sur le canal de Saint-Quentin.

 

Après plusieurs décennies de service, il a été restauré et transformé en musée afin de préserver le souvenir d’une technique aujourd’hui presque disparue. Alors autant dire que son installation sur le site a fait sensation! 

 

plan de visite

En parcourant les salles de l’ancieur toueur, le visiteur découvre l’histoire d’un métier méconnu, mais aussi celle d’un ouvrage qui a profondément marqué le transport fluvial français.

Le musée rappelle aussi que derrière chaque innovation se trouvent des femmes et des hommes. Les mariniers, les conducteurs du toueur, les mécaniciens ou encore les agents chargés de l’entretien du tunnel ont fait vivre ce système pendant des générations.

 

Leurs témoignages, les objets conservés et les documents d’époque montrent combien cette activité rythmait autrefois la vie du canal et participait au développement économique de toute une région.

Toute la famille des mariniers vivait au rythme du canal. 

Le toueur connaissait les gestes de son métier par coeur, il savait quoi faire pour éviter d’abîmer les péniches qu’il remorquait, savait comment réagir quand l’immense chaîne de 8km cassait en utilisant un nabot de dépannage. 

Le toueur de nos jours

Ce qui distingue réellement le Musée du Touage de nombreux autres musées industriels, c’est que ce qu’il raconte existe encore sous les yeux des visiteurs.

À certaines périodes, le toueur moderne assure toujours la traversée des péniches dans le tunnel de Riqueval. Après avoir découvert l’histoire de cette technologie à bord de l’Ampère I, il est donc possible d’observer son héritier en action, accomplissant exactement la même mission que ses prédécesseurs il y a plus d’un siècle.

 

On voit que le toueur est un bateau qui en a connu des traversées, il n’est plus de toute première jeunesse… Ce qui est triste, c’est de savoir que son travail se réduit malheureusement d’année en année car le transport fluvial a perdu de son importance face au transport routier. D’autres canaux ont vu le jour ou sont en projet comme le Canal Seine-Nord Europe. D’ici quelques années, on parlera malheureusement du toueur du souterrain de Riqueval comme un souvenir du passé comme le fabriquant de balais de paille à Grisolles. 

Qu’as-tu pensé de cette visite? T’a-t-elle intéressé? Moi beaucoup et je ne manquerai pas une prochaine fois de visiter le musée du textile géré également par l’office de tourisme des Pays du Vermandois. 

Merci beaucoup de prendre le temps de me laisser un commentaire concernant cet article ❤️

8 réponses

  1. Très intéressant ! Je n’avais jamais entendu parler de ce principe pour remorquer des péniches. Merci pour la découverte Florence.

  2. Super intéressant, je ne connaissais pas. J’ai hâte d’aller le visiter. Toujours un super article. J’ai hâte de voir le prochain lieu insolite que tu va nous présenter

  3. Encore un beau reportage ! Explications, photos, info pratiques… tout y est ! Y compris le don de nous donner envie d’y aller 😉

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