Arras et la Première Guerre mondiale

Dans le précédent article, nous avons visité le coeur historique de la ville d’Arras avec le beffroi et l’Hôtel de ville. Aujourd’hui, nous allons découvrir la ville au coeur de la Grande Guerre et la tristement célèbre bataille d’Arras. Donc direction la carrière Wellington mais aussi les cimetières militaires autour de la ville.

La carrière Wellington

Présentation

Dans le précédent article, nous avons découvert les Boves, cette carrière de pierre calcaire qui a permis la construction de nombreuses maisons à Arras. Je vous avais expliqué que la ville se développant, de nouvelles carrières avaient été exploitées dans les faubourgs. C’est la cas de la carrière Wellington où je vous emmène aujourd’hui.

Vous allez me dire que c’est encore une carrière (comme celle visible à Laon)et que cela n’a du coup pas vraiment d’intérêt de visiter une autre carrière à Arras, que cette visite va être une répétition de la première… Mais détrompez-vous car la carrière Wellington a un intérêt historique et non des moindres… En effet, c’est de cette carrière que fut lancée la Bataille d’Arras ! Laissez-moi donc vous expliquer comment une carrière est devenue le coeur d’une grande stratégie militaire. 

panneau d'accès

Informations pratiques

La carrière Wellington est ouverte tous les jours sauf le 1er janvier, le 25 décembre et les trois premières semaines après les vacances de Noël de 9h45 à12h30 et de 13h30 à 18h00. 

La visite de la carrière se fait avec un guide pour des raisons de sécurité. Le nombre de personnes étant limité à 17 par visite, je vous conseille de réserver en ligne ici. Voici les tarifs pratiqués. 

Une visite pour tous

Comme dans les Boves sous l’Hôtel de ville vous retrouverez les mêmes principes d’extraction avec notamment les piliers tournés. 

Contrairement aux Boves et ses nombreux escaliers, il est tout à fait possible de visiter la carrière Wellington en fauteuil roulant car les espaces y sont beaucoup plus larges. De plus, le parcours a été aménagé avec des passerelles en bois pour que la visite soit accessible à tous. 

Petit détail important pour profiter pleinement de la visite: n’oubliez pas de prendre un vêtement chaud comme pour visiter les Boves car vous serez à 20m sous terre donc on oublie les bras à l’air.

Préparer la Bataille d'Arras

Avant la Première Guerre mondiale, il n’était nullement question de la carrière Wellington. Comme vous le savez certainement Wellington est la capitale de la Nouvelle-Zélande et l’appellation fut justement donnée par des Néo-Zélandais venus pour une mission spéciale à Arras. Une mission d’une importance capitale sur le front ouest! 

monument avec un soldat
explications-front-ouest

Sur la carte ci-contre, vous voyez notamment des villes comme Laon, Amiens, Arras, Armentières. C’est aussi sur le front ouest que se trouvait Fromelles

 

La Bataille d’Arras avait été planifiée un an plus tôt lors de la Conférence de Chantilly pour soutenir l’offensive Nivelle. 

Les soldats du Commonwealth avaient en effet pour mission de détourner l’attention des Allemands vers Arras pour faciliter l’offensive des Français sur le Chemin des Dames. Car pas question pour les généraux de reproduire les désastres de la Bataille de Verdun et de celle de la Somme de 1916. Et pourtant… 

(Pour en savoir plus sur l’offensive Nivelle, direction l’article sur le Chemin des Dames situé plus au sud dans l’Aisne).

carte militaire

Une mission inédite puisqu’il s’agissait pour 500 tunneliers néo-zélandais de relier entre novembre 1916 et mars 1917 les différentes carrières de la ville d’Arras par des galeries.

photo de groupe

Un travail de titan puisqu’il leur fallait creuser 80 mètres de tunnel par jour! Travailler sans que les Allemands ne soupçonnent leur présence donc tout se faisait à la force des bras avec des pioches… Il s’agissait d’une guerre souterraine

Ils durent travailler sans relâche pendant des mois à 20 mètres sous la surface! Ce qui impliquait d’y manger, d’y dormir mais aussi de s’y laver. Tout avait été prévu pour que le « séjour » des soldats se passe pour le mieux mais les conditions de vie et de travail étaient forcément difficiles dans l’humidité, la sensation de froid mais aussi la promiscuité. Il fallait en effet travailler et vivre dans la carrière. 

Les tunneliers écrivaient à leur famille lorsqu’ils bénéficiaient d’un peu de repos. Ils pensaient à ceux qui étaient restés au pays espérant les retrouver au plus vite. 

Mais en attendant, l’objectif était de se rapprocher le plus possible des lignes allemandes et de les prendre par surprise ! 

Il existait bien des géophones permettant de mesurer et enregistrer les vibrations du sol mais visiblement les Néo-Zélandais était expérimentés et les ennemis ne détectèrent pas leur présence. 

Des milliers de soldats devaient pouvoir facilement passer sans être gênés par l’exiguïté de la carrière donc il fallait prévoir des passages suffisamment larges. Il fallait aussi que chacun sache se repérer dans les carrières d’où la présence d’écritures sur les murs. 

Les tunneliers réussirent à relier les différentes carrières: Wellington, Nelson et Blenheim.

Et le 9 avril 1917, tous les soldats se dirigèrent vers la sortie qui leur avait été attribuée.

sortie

La Bataille d'Arras

Quelques heures avant l’assaut, une cérémonie religieuse fut célébrée pour se donner du courage. L’aumônier militaire bénit certainement les soldats pour leur porter chance durant l’offensive et les combats qui allaient suivre car tous savaient qu’il y aurait des pertes humaines et que beaucoup ne reviendraient pas. 

Après une semaine cachés dans les différentes carrières, imaginez 24 000 soldats britanniques prêts à jaillir des entrailles de la terre! 

Imaginez 24 000 soldats la peur au ventre pensant une dernière fois à ceux qu’ils aimaient avant de se retrouver face à l’ennemi…

Et pourtant, lorsque le signal fut donné le 9 avril à 5h30 heure anglaise, tous se lancèrent pour surprendre l’armée allemande. 

C’était le début de la Bataille d’Arras! Une bataille qui mobilisa des centaines de milliers d’hommes du Commonwealth jusqu’au 17 mai sur une ligne de près de 20km de long allant de Vimy à Bullecourt. 

Alors que l’offensive ne devait être qu’une formalité, les soldats se heurtèrent à des Allemands qui n’avaient pas l’intention de céder du terrain… Les pertes humaines furent terribles des deux côtés ! 4000 victimes par jour pendant 5 semaines… Le bilan humain fut donc terrible ! Combien d’hommes apparaissant sur les parois de la carrière ne sont pas revenus? 

Une bataille qui occasionna aussi bien entendu d’importants dégâts dans les villes, les villages. 

La ville d’Arras et les alentours furent en effet bombardés. 

dégâts sur les places

Les paysages furent profondément modifiés. 

Vue aérienne

L’action des tunneliers resta dans les mémoires car sans leur travail acharné et épuisant, la bataille d’Arras n’aurait pas pu avoir lieu! 

La cérémonie du lever du jour

Chaque année, le 9 avril, est organisée à la carrière Wellington la cérémonie du lever du jour. Cette cérémonie est organisée en l’honneur des soldats qui ont lancé la Bataille d’Arras. L’assaut ayant été lancé à 5h30 heure anglaise, la cérémonie commence donc à 6h30.

accueil

C’est une cérémonie très émouvante où des lettres de soldats sont lues, des photos sont projetées. 

Des descendants des soldats venus spécialement de Nouvelle-Zélande ainsi que des lycéens mais aussi des personnes en charge du devoir de mémoire autour d’Arras lisent des lettres, des témoignages pour leur rendre hommage. 

militaire en train de lire

La céréménie est agrémentée d’interludes musicaux qui donnent des frissons: ici la chanson de Craonne, là un joueur de cornemuse. 

La gratitude pour ces hommes venus du bout du monde comme à Vimy ou encore à Fromelles est immense. Elle s’exprime aussi par le dépôt de nombreuses gerbes au pied du mémorial, des gerbes avec de nombreux coquelicots, symboles des soldats du Commonwealth. 

Le saviez-vous?

De nombreuses céremonies d’hommage ont lieu quelques jours plus tard le 25 avril dans le cadre de l’Anzac day. Elles ont lieu dans les cimetières militaires du Commonwealth mais aussi au musée néo-zélandais à Le Quesnoy

Cimetières militaires autour d'Arras

Dans un prochain article, je vous parlerai du Commonwealth War Graves Commission qui gère tous les cimetières militaires du Commonwealth en France. Une visite qui m’a passionnée et qu’il me tarde de vous présenter ! 

Florence au CWG

Les combats ont été si violents et meurtriers que les cimetières militaires sont nombreux autour d’Arras. Je vous ai précédemment emmenés au Mémorial de Vimy mais aussi à la Nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette. Partons désormais en découvrir d’autres.

 

Cimetière du Faubourg d'Amiens

Sortant de la carrière Wellington, il est logique de faire un premier arrêt au cimetière du Faubourg d’Amiens à Arras.

Ce cimetière regroupe 2 651 soldats et rend hommage à près de 35 000 disparus et sans sépulture. Dans ce lieu, pas de distinction entre les soldats et les officiers, ils sont tous égaux dans la mort. 

Ce cimetière est impressionnant pas sa taille. Il rend hommage également dans le retonde aux hommes des Flying Services tombés la plupart lors de la Bataille d’Arras (le « bloody April »). Le mémorial surmontée d’une mappemonde porte les noms des 991 hommes des forces aériennes qui sont morts durant la Première Guerre mondiale sur le front ouest. 

Tandis que les soldats néo-zélandais attendaient dans les carrières, le Royal Flying Corps mena des opérations pour préparer l’assaut terrestre. Les pilotes rencontrèrent des ennemis déterminés à ne pas les épargner. C’est ainsi qu’en un mois, 316 hommes sur les 730 engagés tombèrent. 

Sur les Chemins de mémoire, des touristes étrangers déposent des coquelicots en l’honneur des hommes tombés en France.

C’est émouvant de voir que malgré le temps qui passe, des Canadiens, des Australiens… continuent de se rendre en France pour honorer les leurs.

Le saviez-vous?

Lors des commémorations du centenaire de la signature de l’armistice en 2018, de grandes cérémonies avaient été organisées au cimetière du Faubourg d’Amiens mais aussi dans les cimetières alentours. Pas de distinction de nationalité, chaque soldat qu’il fut anglais, allemand, français ou d’un autre pays fut honoré. Des lumignons avaient été déposés sur toutes les tombes. On voyait toutes ces lumières allumées dans la nuit, qui brillaient pour que perdure la mémoire de ces hommes tombés au combat. C’était beau mais à la fois tellement triste! 

Neuville-Saint-Vaast et ses cimetières

La Nécropole nationale française de la Targette et le Targette British cemetery se trouvent entre Arras et le mémorial de Vimy. A Neuville-Saint-Vaast eurent lieu de violents combats qui ôtèrent la vie à des milliers de soldats aussi bien dans le camp des alliés que chez les Allemands. Pour en savoir plus sur la bataille, c’est ici

8 000 tombes de soldats français sont alignées et 4 000 corps de soldats inconnus sont répartis dans 3 ossuaires. 

cimetière anglais
panneau informatif

Si vous suivez les Chemins de mémoire, vous vous arrêterez également à Neuville-Saint-Vaast en raison de la présence d’un monument des fraternisations. Je vous avais précédemment parlé lors de mon week-end sur Armentières de ces brefs moments de fraternisation entre les armées ennemies comme lors de la trève de Noël qui avait inspiré le film « Joyeux Noël ». Moments qui bien entendu étaient interdits par le commandement des armées. 

trève entre soldats

Loin de l’austérité des cimetières français et britanniques tout proches, le monument rappelle, avec ses couleurs, des moments de vie, de partage entre les hommes. Des hommes qui n’avaient pas choisi d’être là, des hommes qui partageaient les mêmes peurs et qui pour beaucoup ont connu la même fin tragique. 

Soldats du Commonwealth, soldats français mais aussi soldats allemands un peu plus loin dans un autre cimetière reposent sur la commune de Neuville-Saint-Vaast. 

On reconnaît d’ailleurs de loin la nationalité des cimetières: les soldats français avec des croix blanches alignées, les soldats du Commonwealth avec des stèles et un gazon impeccable, des fleurs au pied toujours parfaitement entretenues et les cimetières allemands où la nature est présente avec des arbres imposants et des croix en métal noir. 

Le cimetière militaire allemand de Neuville-Saint-Vaast est quant à lui entretenu par le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfüsrorge (VDK). Dans cet immense cimetière reposent 44 833 soldats. 

croix
descriptif soldats
Le saviez-vous?

La présence de la nature dans ces cimetières est en rapport avec la mythologie germanique dans laquelle le guerrier trouvait son repos éternel dans la forêt. 

Je me suis arrêtée dans ces deux cimetières mais il y en a bien d’autres comme celui de Cabaret rouge à Souchez ou encore celui à Saint-Laurent-Blangy.  Autant de témoignages des événements tragiques qui se sont déroulés dans l’Artois. 

Abbaye du Mont Saint-Eloi

Toujours dans le même secteur, arrêt à l’abbaye du Mont Saint-Eloi qui elle aussi a beaucoup souffert pendant la Première Guerre mondiale. Il ne reste plus grand chose de cette abbaye qui était pourtant un édifice d’importance mais on en a conservé les ruines des deux tours pour le devoir de mémoire. 

panneau informatif

On voit de loin l’ancienne abbaye, on comprend mieux l’importance stratégique qu’elle avait pendant la guerre et pourquoi elle fut bombardée. 

Et lorsque l’on est à ses pieds, on se sent tout petit ! 

C’est avec ce superbe site que s’achève cette première partie sur Arras et la Première Guerre mondiale. Dans le prochain article, je vous emmènerai au musée Jean et Denise Letaille à Bullecourt mais aussi à la Commonwealth War Graves Commission à Beaurains. Deux lieux supplémentaires qui vous permettront de compléter vos connaissances sur la guerre dans l’Artois mais aussi sur la gestion des cimetières du Commonwealth.

En attendant, n’hésitez pas à laisser un commentaire et à poser des questions si vous en avez. J’y répondrai avec plaisir ! 

Merci beaucoup de prendre le temps de me laisser un commentaire concernant cet article ❤️

12 réponses

  1. Merci pour cet article passionnant ! Première fois que j’entends parler de l’histoire des tunneliers néo-zélandais. Ta visite m’a vraiment donné envie d’y aller à mon tour. Quant à la cérémonie du lever du jour, ce devait être très émouvant.
    D’après tes articles que je lis à chaque fois qu’il y en a un (enfin j’essaie), j’ai l’impression qu’il y a énormément de cimetières militaires dans le Pas-de-Calais. Que c’est triste!

  2. Article très intéressant et fournit comme à ton habitude, les photos sont belles et ça donne envie d’y aller.

  3. Merci Florence pour cette immersion souterraine où tout à été creuser par l’humain !!
    J’ose pas imaginer les conditions de travail mais en temps de guerre, tous pour un ….
    Cela me conforte dans l’idée de faire cette visite très prochainement.

    1. Oui c’est impressionnant d’imaginer dans quelles conditions ces hommes ont travaillé pendant des mois, tout ça pour une guerre qui en plus n’était pas la leur. Quand on pense à tous ces hommes venus par centaines de milliers du bout du monde pour nous aider, cela fait réfléchir aux conflits actuels…
      Hâte de lire ce que tu auras pensé de ta visite à la carrière Wellington.

  4. un devoir de memoire a transmettre aux prochaines générations….tres bel et émouvant article flo .

    1. Bonjour Alain, merci beaucoup d’avoir pris le temps de lire ce nouvel article. Cela me touche beaucoup d’apprendre qu’il t’a ému. Ces différentes sorties m’ont beaucoup intéressée, il ne faut pas oublier le passé pour comprendre le présent et penser au futur.

  5. Bonjour Florence
    Un reportage beau et triste à la fois la guerre et tout ce qui en découle c’est parfaitement représenté dans tes images je ne connaissais pas cette région de France ni vraiment son histoire …..
    Merci pour toutes les photos et commentaires 🙏

    1. Merci beaucoup Michèle, la région Hauts-de-France a été profondément marquée par la Première Guerre mondiale. Cela fait partie de notre histoire et il est important de ne pas oublier.

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